PRESENTATION

La silhouette qu’on voit penchée dans les choux chinois c’est Sarom. Elle a 54 ans, elle est mariée depuis trente ans, a trois fils et une petite-fille. Elle habite Kash Poy depuis qu’elle est née et son mari est originaire du même village. Elle s’y sent bien et elle aime beaucoup le voisinage, sur lequel elle peut compter. Elle a cependant dû habiter dans un village près de la Thaïlande avec sa famille pendant quelques années ses parents ayant déménagé pour trouver du travail. Elle est revenue à Kash Poy en 1993. Sarom habite avec son mari et Li-Li, leur petite-fille de quatre mois. Son fils et sa belle-fille travaillent en Thaïlande et leur ont confié la garde du bébé.

Actuellement c’est la saison des choux chinois, c’est le seul légume qu’elle cultive. Elle vend les récoltes à une acheteuse qui vient, chaque soir, les récupérer. Sarom les cueille juste avant, en fin d’après-midi. Ils sont ensuite revendus sur un marché dans les alentours. Elle n’est pas propriétaire des terres qu’elle cultive, elle les loue avec sa sœur, son associée. Elle serait plus indépendante si elle possédait ses propres terres et aurait des revenus plus conséquents. Mais la terre est chère, surtout près de la rivière car elle offre un accès privilégié à l’eau. Sarom n’a pas les moyens, pour le moment, d’acheter un terrain.

UNE JOURNEE DE TRAVAIL

Sarom se réveille à 5h, elle s’occupe de Li-Li, lui donne son premier biberon. Puis, elle se rend dans les champs, à deux minutes à pied de chez elle. Elle arrose les choux ou en plante de nouveaux. Elle rentre à la maison en milieu de matinée, alors qu’il commence à faire très chaud. Elle prépare le déjeuner, mange avec son mari et s’occupe à nouveau de Li-Li. En fin d’après-midi, lorsque le soleil est moins fort, elle retourne dans les champs, récolte les choux qui sont prêts à être ramassés et les trie pour l’acheteuse qui arrive vers 17h. Lorsqu’elle a fini sa journée de travail, elle rentre chez elle, prépare le dîner et se couche à 20h, en même temps que sa petite-fille.

SON HISTOIRE D’AGRICULTRICE

Sarom est allée à l’école, entre dix ans et quatorze ans. Ses parents n’avaient, ensuite, plus assez d’argent pour lui payer des études. Elle sait donc lire, écrire et compter mais ça ne lui sert pas beaucoup pour son quotidien dans les champs. Elle cultive des légumes depuis qu’elle a suivi ses parents en Thaïlande, alors qu’elle n’était qu’une jeune fille. Puis, elle a continué à travailler la terre lorsqu’elle s’est mariée et est revenue dans son village natal.

Elle a appris son travail par elle-même puis par son mari, agriculteur également. Sarom n’a quasiment pas d’outils, elle a juste une bêche pour remuer la terre, un couteau pour couper les choux et des tuyaux d’arrosage qu’il faut joindre aux canalisations installées à même le sol. Un travail d’équipe qu’elle effectue avec son mari qui la suit et relie le tuyau à l’arrivée d’eau la plus proche de la parcelle de terre à arroser.

Sa mère et ses grands-mères étaient également agricultrices. La seule différence qu’elle voit entre leur travail et le sien est qu’elle dispose maintenant de tuyaux d’arrosage. Elle n’a plus besoin de porter de lourds arrosoirs comme devaient le faire les générations précédentes.

Sarom pense que son travail est difficile, elle aimerait en exercer un autre mais n’a pas les qualifications adéquates. Elle n’a pas beaucoup de temps libre, doit travailler chaque jour mais ne peut pas prévoir les aléas du climat qui parfois détruisent ses récoltes. D’ailleurs, les choux chinois ne peuvent être plantés et récoltés idéalement que pendant l’hiver cambodgien. L’été, trop humide, n’y est pas propice. Elle en plante quand même mais ils sont de moins bonne qualité et lui rapportent beaucoup moins d’argent.

Elle vend 800 riels un kilo de choux chinois c’est à dire 0,20€ et peut gagner jusqu’à 10 000 riels (2€ environ) par jour, lorsque la qualité des choux est bonne.

Ce qu’elle préfère dans son travail c’est planter les légumes. Son moment favori, la fin de la journée lorsqu’elle vend ses précieux choux et qu’elle est assurée d’avoir un revenu pour subvenir aux besoins de sa famille et notamment de sa petite-fille.

Sarom pense que le travail d’une agricultrice est plus difficile que celui d’un agriculteur car il lui manque la force physique. Cependant, elle effectue exactement le même travail que les hommes.

Elle avoue quand même que c’est un travail épuisant, elle rentre parfois des champs avec mal à la tête tant le soleil est fort. Elle n’a parfois plus aucune énergie pour effectuer les travaux de la maison. Elle aime pourtant faire le ménage et laver son linge.

L’AIDE PRECIEUSE D’UNE ONG FRANCAISE

Sarom a bénéficié d’un microcrédit grâce à l’ONG française Babyloan. Il y a deux ans environ, elle a pu ainsi avoir un prêt de 50 000 riels, l ‘équivalent de 9€ pour acheter des graines et planter de nouveaux légumes. Elle vient juste de bénéficier d’un deuxième crédit pour pouvoir acheter des pesticides et des fertilisants. Elle peut ainsi obtenir de meilleurs rendements, des revenus plus importants et offrir une meilleure qualité de vie à sa famille. Son prochain objectif : obtenir un crédit plus conséquent pour pouvoir acheter ses propres terres, puis pouvoir s’équiper mécaniquement et planter différents légumes pour se diversifier.

LA CUISINE DE SAROM

C’est toujours Sarom qui cuisine à la maison. Frais, frits ou en soupe, elle connaît de nombreuses recettes avec les choux chinois. C’est sa mère qui lui a appris à cuisiner et elle-même a retransmis son savoir à ses fils. Quant aux produits qui lui manquent, des vendeurs à vélo ou à mobylette viennent chaque jour dans le village ; elle peut leur acheter de la viande, d’autres légumes ou des produits de première nécessité.

CONFIDENCES

Sarom est très fière de son travail car il représente toute sa vie. Si elle n’avait pas été agricultrice, elle aurait aimé être vendeuse et passer de village en village.

Elle rêve de voir un jour la mer mais aussi le reste de son pays pour voir comment travaillent les autres agriculteurs. Mais surtout, elle rêve de pouvoir aller à Siem Reap –à 4h de bus de son village- pour visiter le temple d’Ankgor Wat avec sa famille.

Sarom regrette de ne pas avoir été qualifiée pour un travail moins difficile. Elle est navrée de ne pas avoir pu payer des études à ses enfants. Elle espère que sa petite-fille pourra aller à l’école, faire des études et travailler dans une ONG en aidant ainsi ceux qui en ont beosin. Elle n’est pas vraiment heureuse avec la vie qu’elle mène car elle n’a pas pu pourvoir aux besoins de sa famille comme elle l’aurait souhaité. Si elle n’a pas pu le faire pour ses fils, elle souhaite pouvoir financer l’éducation de Li-li. Cette dernière se réveille justement de sa sieste. Sarom la prend dans ses bras et retrouve aussitôt le sourire. Elle regarde sa petite-fille pleine de tendresse et d’amour. Elle espère qu’en ayant à présent des revenus plus importants, Li-li représentera pour elle une deuxième chance d’aider les générations à venir à avoir une vie meilleure que la sienne.


One reply on “Sarom

  • Yann Bogopolsky

    Merci Marion de nous partager le quotidien de ces femmes d’Extrême Orient.
    Il n’y a pas que l’Orient qui soit extrême ….
    La pauvreté de ces villageois qui ne leur offre aucun choix de vie, sinon de se coltiner le pénible et contraignant labeur de la terre et la douleur des corps que ces femmes courageuses n’évoquent jamais. Je suis toujours stupéfaite que les contraintes du corps n’enlèvent rien à la beauté de ces femmes ? Sans doute leur vient d’ailleurs ….. d’une intériorité insaisissable ?
    Mais qu’en est-il de la douleur de ne pas pouvoir laisser s’échapper la pensée vers d’autres horizons ?
    Je suis heureuse pour cette femme qu’elle ait encore un rêve, aller à Angor Vat ….. merveille du patrimoine mondial de la culture -qui élève l’homme au-dessus des nécessités du quotidien – que tant et tant de citoyens
    du monde viennent admirer et qu’elle ne peut même pas s’offrir …
    Seules les difficultés financières sont-elles en cause ?
    Aurait- elle la liberté de s’arracher à son quotidien et à ses obligations pour s’offrir ce plaisir ?
    Ou bien lui faut-il garder un rêve pour rendre le quotidien supportable ?
    Mais peut-être en a-t-elle d’autres qui restent secrets ….. et, si jamais celui-là faisait partie des rêves réalisables sans entamer l’évasion nécessaire à la survie humaine, je serais heureuse de partager un tant soit peu avec Sarom et lui offrir de quoi le concrétiser ….
    Crois-tu que cela soit possible? ou bien ne serait-ce que mon rêve à moi ?
    Bon voyage à toi, Marion
    Je t’embrasse,
    Yann

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