PRESENTATION

Kati a 39 ans, elle est mariée avec Olivier depuis 16 ans et ils ont deux filles de 16 et 14 ans. Elle habite depuis 7 ans sur la route des Colimaçons, à Saint Leu, dans l’ouest de la Réunion. Auparavant, elle et son mari étaient à Madagascar d’où elle est originaire. Ils vivaient dans le sud de l’île, à Tuléar où Kati a encore une partie de sa famille. Après des études littéraires, un an de droit et un diplôme en anglais, elle a finalement complètement changé d’horizon. Elle travaille maintenant dans l’agriculture où elle a développé sa bananeraie avec son mari il y a maintenant 5 ans. Kati est exploitante agricole principale et Olivier est conjoint collaborateur.

SON HISTOIRE

Kati a commencé à travailler dans un hôtel à Tuléar, à Madagascar lorsqu’elle avait 17 ans, pour payer ses études. Toute sa famille travaillait plutôt dans la pêche et elle ne vient pas du tout du monde agricole. Sa mère et sa grand-mère comme de nombreuses femmes à Madagascar, étaient femmes au foyer. Quant à elle, elle a occupé de nombreux postes : dans l’hôtellerie d’abord, de femme de ménage à concierge. Elle a également été animatrice agricole, dans la patate douce et le riz. Par la suite, Kati a collecté les fruits de mer et a même été guide touristique dans le sud de son pays. Comme Olivier qui est originaire de la Réunion avait des terrains, ils ont décidé ensemble de les exploiter.

SON PROJET DE BANANERAIE

Kati et son mari ont fait plusieurs expérimentations d’arbres fruitiers avant de débuter. Ils ont essayé les mangues ou les letchis mais après avoir réalisé que cela prenait au moins 5 ans avant d’avoir les premiers fruits, ils ont finalement opté pour la banane qui ne demandait qu’un an d’attente. Par ailleurs, Kati explique que la banane est facile à cultiver, c’est un arbre qui a juste besoin d’eau pour pousser, comme l’herbe. La récolte a lieu 12 mois après la plantation, jusqu’à 15 mois après si les plantations sont en altitude.

Le travail d’installation est long et rigoureux mais une fois la plantation mise en place, l’entretien est assez facile. Leur exploitation est en conversion biologique, ils utilisent donc très peu de produits, seulement de la farine de cendres et de plumes comme engrais. Cela permet d’améliorer un peu la qualité de la terre. Les rendements sont certes moins importants que ceux d’une exploitation conventionnelle mais Kati et Olivier ont fait ce choix et y tiennent fermement.

Leurs plantations sont juste en-dessous de leur maison, ils descendent à pied dans la bananeraie et ont presque oublié la beauté des lieux : une vue extraordinaire sur le lagon et la côte ouest de l’île.

UNE ORGANISATION COLLECTIVE

En plus de la banane ils ont aussi quelques mangues, quelques letchis et quelques agrumes. Kati travaille avec la coopérative Vivea qui se trouve à St-Pierre dans le sud de la Réunion. Cela leur permet de travailler au forfait pour l’instant. Ils ont une marge de 5% destinée à la consommation personnelle. Avec 2 hectares de terrain, cela représente beaucoup de bananes ; alors Kati en revend sur les marchés et en fait des produits dérivés telles que des bananes séchées, de la confiture ou encore des recettes avec les fruits du bananier.

Lorsque cela n’est pas la saison, Kati échange des produits avec ses collègues. Elle donne une caisse de bananes encore vertes contre une caisse de papayes ou de fraises par exemple. Elle les revend ensuite le samedi au marché forain de Saint-Leu. Kati aime beaucoup le système d’échange et c’est selon elle une habitude qu’elle a gardée de Madagascar.

UNE JOURNEE DE TRAVAIL

Kati décrit sa journée comme celle de toutes les femmes : elle commence par s’occuper de ses filles et les amener à l’école. Elle ne travaille dans la bananeraie que le matin car ensuite il fait trop chaud. Elle n’y retourne l’après-midi que pour ouvrir l’eau car chaque parcelle exige entre 10 et 15 mètres cube d’eau par jour. Elle doit aussi mettre des sachets en plastique sur les bananes pour que les oiseaux ne les abiment pas et vérifier les pièges à charançons, un ennemi des bananeraies. Elle est toujours accompagnée de Patapouf, le petit chien noir de la famille qui connaît les lieux par cœur. Kati estime avoir de la chance car c’est Olivier qui effectue les travaux les plus physiques. Même si elle est chaque jour dans les plantations, elle s’occupe davantage du produit fini et de la vente alors que son mari manie la débroussailleuse et la pioche.

Ce matin d’ailleurs, Kati suit Olivier pour planter des haricots à côté des pieds de bananier afin de favoriser leur croissance. Le duo se suit à l’ombre des feuilles de banane, sans trop parler mais avec une grande complicité.

Comme ils sont en phase de croisière et que l’exploitation en est à ses débuts, ils ne peuvent pas encore se verser de salaire. A terme, ils souhaitent avoir 5 hectares de bananes. Cela aurait du être le cas pour 2015 mais suite aux ravages des deux derniers cyclones, ça ne sera pas avant 2016. En 2014, ils ont perdu 100% de leur récolte et ont vu le travail de toute une année détruit en quelques heures. Kati est sereine face aux éléments climatiques, elle sait qu’il faut composer avec, quoiqu’il en soit.

LA PERSEVRANCE EST CEPENDANT RECOMPENSEE…

Pour devenir agricultrice, Kati explique qu’elle est repartie à l’école, pour un an et demi de formation à la CFPPA (Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole) de Saint-Leu. Elle a effectué des stages dans des exploitations conventionnelles et biologiques, puis a appris sur le tas, une fois son diplôme obtenu. Elle est persuadée qu’être une femme dans le milieu agricole n’est plus aussi difficile qu’avant. Les exploitations dans son pays d’origine sont plus petites, restent souvent à une échelle familiale mais Kati sait qu’à la Réunion elle a pu obtenir plus d’aides. Comme elle s’est installée à son compte elle a même bénéficié du DJA (dotation de jeune agriculteur) et des aides européennes pour l’aménagement foncier et l’installation du matériel d’irrigation. Elle aimerait cependant avoir plus de matériel tel qu’un tracteur et quelqu’un qui les aide pour la main d’œuvre.

Kati a participé au challenge des jeunes créateurs et a ainsi pu valoriser le travail qu’effectuent les femmes agricultrices. Cela lui a permis de se faire connaître dans sa région de l’île et elle pense que les femmes dans le monde agricole sont désormais plus légitimes et osent davantage prendre la parole.

D’AUTRES TALENTS

Le moment de la journée qu’elle préfère c’est le soir, lorsqu’elle est avec son mari et ses filles et que chacun raconte sa journée autour d’un bon dîner. En-dehors de l’agriculture, elle aime beaucoup cuisiner et transforme tout ce qui lui passe sous la main. Elle cuisine le fruit du bananier, le Baba figue comme on l’appelle à la Réunion. Elle le prépare avec du boucané (viande de porc fumée) ou des crevettes. Elle a aussi préservé bon nombre de recettes de Madagascar tels que des gâteaux cuits à la vapeur dans des feuilles de bananier. Mais Olivier cuisine très bien et lui a transmis de nombreuses recettes créoles. Ce sont ses parents qui lui ont appris à cuisiner. Elle et ses frères et sœurs avaient une tâche chacun à effectuer et Kati choisissait toujours la cuisine plutôt que le rangement ou le ménage. Elle a transmis le goût de la cuisine à ses filles qui, un dimanche par mois, doivent prendre la relève aux fourneaux. La plus jeune y a pris goût et chasse tout le monde de la cuisine pour essayer de nouvelles recettes. Il y en a cependant une que Kati leur a transmise et qui se passe de génération en génération à Madagascar ; ce sont des feuilles de manioc pillées.

CONFIDENCES

Ce qui plaît le plus à Kati dans son travail c’est sa liberté. Elle gère son exploitation comme elle le souhaite et n’a de comptes à rendre à personne. Elle avoue en revanche que ce qu’elle aime le moins c’est la pénibilité du travail, en pleine chaleur et à cause de la topologie de ses terrains qui sont très en pente. Mais selon elle, ce n’est pas un travail difficile car quand on aime ce que l’on fait, on ne se pose pas de questions. Pour exercer son métier, elle pense qu’il faut foncer et aimer la terre surtout. Et puis avoue-t-elle, lorsqu’on a des enfants, on a toujours envie de leur laisser le meilleur.

Kati ne cache pas qu’elle aimerait bien qu’une de ses filles reprennent l’exploitation familiale, même si elle les laisse choisir leur voie. Elle a rêvé plus jeune d’être hôtesse de l’air mais aujourd’hui elle aime ce qu’elle fait et ne s’imagine pas loin des siens. Quant à ouvrir une table d’hôtes, c’est une idée qui lui traverse parfois l’esprit. Kati aimerait bien faire goûter aux gens ce qu’elle concocte. Elle est très fière de son métier même si elle n’a jamais pensé qu’elle travaillerait dans le monde agricole un jour. Cela lui fait plaisir qu’Olivier et elle soient finalement acteurs de la vie de tous les jours en produisant quelque chose de concret dont les autres puissent profiter.

Kati est allée une seule fois en métropole, à Clermont-Ferrand, pour rendre visite à sa sœur. Elle aimerait beaucoup découvrir l’Australie dont l’étendue du territoire la fascine. Son plus grand souhait : que ses filles soient heureuses et réussissent leur vie. Le plus important comme elle dit c’est sa petite famille que Kati cherche à préserver à tout prix. Cela commence par une exploitation biologique qui correspond à ses convictions.

Madagascar lui manque parfois mais Kati essaye de vivre un peu comme là-bas, avec l’évolution de la France comme avantage.

Son regret : que sa mère soit partie un peu trop tôt et qu’elle n’ait pas pu lui dire assez souvent qu’elle l’aimait.


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