Catherine a bientôt 38 ans, elle est mariée depuis 2002 et elle a 4 enfants : un fils de 19 ans, une fille de 15 ans, une de 5 ans et une petite dernière de 4 ans. Elle habite sur les hauteurs de Saint-Philippe, dans le sud-est de la Réunion, là où l’île est la plus sauvage. Ses parents étaient originaires d’ici et elle ne s’en est jamais éloignée. Elle l’avoue, elle aime bien « son petit endroit ».

UN PARCOURS IMPREVU

Comme elle n’aimait pas trop l’école, elle s’est arrêtée en seconde et a commencé à travailler en tant que magasinière dans un supermarché. Elle s’est ensuite installée avec son mari, qu’elle a connu très jeune et qui avait repris l’exploitation de son père à elle. C’est justement avec son père qu’elle a commencé à aller dans les champs et à la Réunion, c’était dans les champs de cannes à sucre bien sûr. Elle s’est occupée longtemps de ses deux grands enfants, qu’elle a eu envie de voir grandir. Mais en 1999, elle a commencé à travailler véritablement avec son mari. Depuis 2002, elle est conjointe collaboratrice de l’exploitation et depuis 2012, elle est devenue chef d’exploitation. Elle loue sa propre parcelle, juste à coté de la maison qu’ils viennent de construire il y a un an. Il suffit de prendre le 4×4 et de parcourir 500 mètres bien en pente pour arriver dans les champs. La vue qui s’offre à elle est alors merveilleuse : les palmistes au premier plan, la canne à sucre en contre-bas et au large la mer et sa palette de bleus.

C’est en regardant ses parents dans l’exploitation et surtout son mari qu’elle a appris son travail. La grand-mère et la mère de Catherine étaient agricultrices dans la canne à sucre et le Vacoa mais leur travail était beaucoup plus manuel que le sien aujourd’hui.

Catherine a longtemps trouvé le travail de la terre beaucoup trop difficile et ne voulait pas être agricultrice ni faire sa vie avec un agriculteur. « Mais quand le cœur fait boum-boum on ne choisit pas le métier ! » proclame-t-elle comme une fatalité heureuse. En tombant amoureuse d’un agriculteur, en le voyant rentrer très tard, elle a voulu être avec lui et l’aider. C’est comme ça qu’elle a découvert le travail agricole et qu’elle est même devenue agricultrice. Ils travaillent d’ailleurs beaucoup ensemble, sur les marchés et bien souvent sur les exploitations aussi.

LES PALMISTES

Catherine cultive encore principalement de la canne à sucre mais depuis 2000 des palmistes rouges (espèce endémique à la Réunion) et depuis 2003 des palmistes pejibaye (une espèce brésilienne). Le palmiste est un palmier à grandes feuilles épineuses, dont le cœur du bourgeon terminal (le chou-palmiste) se consomme comme légume.

Elle a un salarié qui travaille pour elle, pour les gros travaux de désherbage et d’engrais. En mars commence la période des palmistes, quand la canne ne l’accapare plus trop.

Les palmistes se cultivent d’abord en semi, il faut les replanter au bout de deux ans après avoir bien débroussaillé le terrain. C’est un arbre assez difficile à pousser et on ne peut mettre de l’engrais qu’au bout d’un an mais surtout jamais de désherbant.

Les palmistes rouges mettent 7 ans avant d’être coupés (2 ans en semi et 5 ans de pousse). Ils sont destinés aux restaurants de la région et à des particuliers via des marchés où Catherine et son mari se rendent régulièrement.

UNE JOURNEE DE TRAVAIL

Catherine se lève toujours après son mari qui commence très tôt sa journée, surtout en période de campagne sucrière. Elle ne se lève pourtant jamais après 5h45 car c’est elle qui amène ses filles à l’école. Etant donné qu’elle habite trop loin de la route nationale il n’y a pas de bus scolaire. Elle se rend ensuite dans l’exploitation jusqu’à midi, fait une pause lorsqu’il fait trop chaud, retourne chercher ses filles à la sortie de l’école à 15h et repart travailler quand la chaleur est un peu moins étouffante, et là, il n’y a pas d’heure dit Catherine en souriant.

Ses outils sont simples et peu nombreux : la débroussailleuse, le sabre, des gants pour se protéger des épines et dans son atelier de transformation le couteau et la râpe afin de revendre les palmistes prêts à la consommation.

Etre une femme agricultrice est-ce plus difficile ? Oui affirme Catherine car un homme ne va penser qu’à son exploitation alors qu’une femme va y penser certes, mais aussi à ses enfants et à sa famille. Pour une femme, une journée de travail ne se limite pas aux heures passées dans les champs.

DES PREFERENCES ET DES ALEAS

Ce que Catherine préfère dans son travail c’est la transformation des palmistes. Elle peut passer des heures dans son atelier à couper, hacher et râper les troncs qu’elle a récolté le matin même afin de les revendre. D’ailleurs elle aime aussi beaucoup les marchés car cela lui apporte un contact avec « un autre monde » comme elle dit et elle a plaisir à partager son travail et à expliquer à ses clients d’où viennent les produits qu’elle leur vend et comment elle les cultive. Elle n’aime pas le plein été et partir travailler sous « le gros soleil ». Son moment préféré, c’est la fin de la journée car c’est plus reposant, elle en profite pour écouter le chant des oiseaux.

Elle pense que son métier est difficile et qu’il faut vraiment l’aimer ! L’évolution pour elle c’est d’avoir pu se diversifier et de ne plus faire seulement que de la canne à sucre mais à présent aussi des palmistes.

Cependant, en 2014, le cyclone a mis tous les palmistes par terre, surtout les pejibaye, une espèce qui pousse vite mais qui est aussi plus fragile. Un sacré coup pour le moral, avoue Catherine pudiquement. Elle sait qu’il faut composer avec les éléments climatiques mais le réchauffement l’effraye car elle voit bien que chaque année rien n’est plus comme la précédente et que tout devient imprévisible.

EN-DEHORS DES CHAMPS

Catherine a une passion : la course à pied et elle est contente car tous ses enfants y ont pris goût. Depuis l’accident de son mari en avril elle n’a pas couru mais elle espère pouvoir rechausser ses baskets bien vite. Catherine aime aussi beaucoup aider les autres, elle est présidente de l’association AFDAR (Association féminine pour le développement agricole réunionnais) qui vise à mettre la femme agricultrice en valeur.

Elle aime la peinture et le bricolage mais là, elle reconnaît que c’est le temps qui lui manque.

ET LA CUISINE… ?

Avec les palmistes, elle cuisine des achards, du carry de poulet, du carry de crevettes ou du porc aux palmistes. C’est son mari qui lui a appris à cuisiner, et qui cuisine bien mieux qu’elle affirme-t-elle. Auparavant elle l’avoue, elle n’aimait que la course à pied. Aujourd’hui elle aime bien se mettre aux fourneaux et apprendre à ses filles comment couper un oignon ou une gousse d’ail. D’ailleurs, les deux dernières sont toujours dans la cuisine avec elle, accourant pour mettre la table ou préparer la vinaigrette.

CONFIDENCES

Catherine admet qu’elle aime son métier ou plus exactement qu’elle a appris à aimer son métier, par amour pour son mari. Elle est venue dans le monde agricole pour lui et il lui a appris à en faire un quotidien qu’elle apprécie aujourd’hui et dont elle est très fière. Tellement fière qu’aujourd’hui il n’y a même pas un autre métier qu’elle aurait aimé exercer. Elle admet qu’elle aimerait qu’un de ses quatre enfants ait envie de reprendre l’exploitation mais elle les laisse libre de choisir leur voie.

De la métropole elle connaît Brest, Toulouse, Angers, Paris, Marseille et l’Alsace. Catherine n’est pas une aventurière mais elle aimerait vraiment découvrir le Québec où son fils étudie depuis deux ans dans une école d’informatique.

Ce qu’elle espère c’est simplement voir réussir ses enfants. Catherine est heureuse car elle a toujours voulu être mère et heureuse surtout car elle aime tellement son mari qu’elle en parle la voix presque hésitante, emplie d’une émotion sincère.

Son regret c’est de ne pas avoir aimé le travail de la terre plus tôt et de ne pas avoir repris l’exploitation de son père qui lui aurait transmis son savoir.